Lier jugement moral et changements climatiques

Lier jugement moral et changements climatiques

 

Les changements climatiques ne sont pas simplement une problématique scientifique. C’est un problème moral qui nécessite une réponse morale. Pour l’instant, les dirigeants du monde ont été incapables de s’entendre sur la réponse éthique la plus appropriée aux changements climatiques. Certains, comme les dirigeants canadiens, ont ignoré toute moralité. Il y a une responsabilité sous-jacente historique associée aux positions de pouvoirs et de privilèges. Compte tenu de cela, il est clair que les élus du Canada ont l’obligation de mener une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Malheureusement, cela n’a pas été le cas et le Canada continue dans sa lancée d’obstruction.

La voie morale pour la justice climatique est plus cruciale maintenant que jamais auparavant. L’Organisation mondiale de la santé(OMS) estime que les impacts des changements climatiques tuent 150 000 personnes à chaque année, et que si les émissions anthropiques ne sont pas graduellement éliminées, ce nombre augmentera dramatiquement dans les décennies à venir. Au fond, les changements climatiques sont une pandémie : pourtant, les élus ne les traitent pas ainsi.

Les spécialistes du comportement disent depuis longtemps que c’est un défi pour l’humain est de reconnaître les obligations morales liées à de véritables actions sur le climat. Mais cette erreur de jugement n’est plus excusable. En soulignant les valeurs morales, comme celles associées à un discours politique ou à des croyances spirituelles, nous réalisons que les humains sont parfaitement aptes à surmonter la complexité de la crise climatique et sont capables de reconnaître les injustices liées à une planète en réchauffement. Ce simple fait indique que la réponse canadienne face à l’action climatique est déplorable. En refusant d’agir davantage contre les changements climatiques, le gouvernement canadien est essentiellement en train d’affirmer que les vies et les moyens de subsistance des citoyens ne valent rien.

Et parce que les dirigeants mondiaux ne prennent aucune décision politique qui soit juste, ambitieuse ou porteuse d’impacts, les citoyens canadiens et du monde entier prennent les choses en main et organisent d’importants mouvements populaires.

Du point de vue local

En Saskatchewan, cette province enclavée dans le milieu du pays, nous avons expérimenté ce que certains appellent un «saskaboom». L’industrie mène l’économie plus que jamais en Saskatchewan. Les ressources de base de cette province sont le grain, le bétail, le pétrole et le gaz, la potasse, l’uranium, le bois ainsi que leurs produits dérivés, dont la production nécessite toujours une quantité d’énergie incroyable. Les centrales au charbon produisent la moitié de l’énergie de la province. Pour compléter l’énergie produite par ces centrales, nous avons l’exploitation des sables bitumineux au nord-ouest de la province, de l’uranium au nord et du pétrole au sud. Les transports sont aussi un grand producteur de GES. Il est difficile de voir l’impact immédiat de ces projets d’extraction intensifs producteurs de carbone, mais les effets cumulatifs sont, à vrai dire, effrayants.

Si la Saskatchewan était un pays, nous serions le deuxième plus grand émetteur de GES au monde. Et nos émissions sont les plus élevées du Canada, un pays qui échoue déjà dans la réduction d’émissions. Et, selon un rapport publié en mai 2014, l’augmentation d’émissions de la Saskatchewan rendra impossible, d’ici 2020, l’atteinte des objectifs de Copenhague déterminés en 2009.

De retour à la scène internationale

Les changements climatiques sont accablants; souvent, cela donne l’impression qu’il n’y a pas de solution claire à cette crise. C’est en partie pour cela que la structure de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) est insuffisante. Non seulement les changements climatiques à eux seuls sont accablants, mais la CCNUCC est inaccessible. Les mécanismes sont difficiles à comprendre. Pour un regard averti, la connexion entre la moralité et les mécanismes est étonnamment évidente : les traités contraignants n’ont aucune force légale et les mécanismes comme le REDD+ enfreignent les droits fonciers de manière à rappeler les façons dont nous avons enfreint les droits issus de traités au Canada. Et le gouvernement canadien déçoit les jeunes à chaque fois qu’il se prononce sur les questions climatiques grâce à son flagrant mépris pour l’urgence de la situation. Nous ne pouvons poursuivre ainsi.

Le groupe d'experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC) a récemment publié son 5e rapport synthèse. Avec plus de 800 auteurs, et un consensus complet des membres du gouvernement, il est maintenant plus que jamais clair qu’il n’y a pas de débat. Les humains ont une immense influence sur le système climatique et les émissions anthropiques sont les plus élevées de l’histoire. C’est où la science et la morale se chevauchent. La preuve scientifique est accessible. Alors pourquoi les gouvernements, particulièrement le Canada, ignorent cette opportunité de développer une politique appuyée par la science?  Il est gênant de témoigner de ce manque d’engagements pour la réduction des émissions de la part du Canada – un pays qui, dans le passé, a été félicité pour son grand respect moral.

La science est le quoi, la politique est le comment, et la morale est le pourquoi. Nous méritons des réductions drastiques d’émissions et nous méritons une justice climatique. Bref, nous méritons mieux.