Exaspération –Les propositions climatiques du gouvernement du Canada

Exaspération –Les propositions climatiques du gouvernement du Canada

C’est aujourd’hui que commence COP20 des Nations Unies pour la négociation climatique, à Lima. S’enchâssant dans une démarche visant un accord climatique mondial en 2015 à Paris, les gouvernements du monde entier viendront discuter de leurs engagements pour atteindre leurs objectifs de réduction d’émissions. 

Ces engagements devront être pris sous forme d’une contribution nationale prédéterminée (CNP) et déposés dès mars 2015, soit d’ici trois mois. La proposition la plus récente du Canada, document clé qui permettra de réaliser notre CNP, évite la moindre mention des sables bitumineux ou de notre incapacité croissante à atteindre les cibles limites d’émission, et souligne seulement quelques «solutions» inadéquates. Vous trouverez dans les prochaines lignes les points saillants, ou devrait-on dire les points «rentrants» de cette triste proposition. Avertissement : Préparez-vous à pousser de grands soupirs d’exaspération.

Charbon, pétrole et gaz naturel

Dans sa proposition, le gouvernement canadien se flatte qu’il sera «enchanté de donner des détails sur son expérience de régulation du charbon». Bien sûr, nous avons réduit nos émissions de CO2 provenant de l’industrie du charbon de 24,1%, mais globalement, les émissions du Canada devraient avoir presque triplées d’ici 2020. Alors, pourquoi ne parlons-nous pas de ce sujet préoccupant? Probablement parce que le gouvernement canadien tente ardemment de dissimuler les émissions des secteurs pétrolier et gazier, qu’il promeut avec ferveur. Selon un rapport d’avril 2014 publié discrètement par Environnement Canada, les secteurs du gaz et du pétrole auraient surpassé l’ancienne plus grande source de GES du Canada, soit les transports.

Le développement des exploitations non conventionnelles de pétrole et de gaz, comme les sables bitumineux et la fracturation des gaz de schiste, signifie que nous sommes loin d’atteindre nos objectifs de réduction d’émissions, aussi insuffisants et modestes soient-ils. En fait, les émissions provenant de l’industrie pétrolière ont augmentées de 27,1% au Canada depuis 1990, et celles du gaz naturel ont bondi de 57,0% dans la même période. Entre 2010 et 2020 seulement, les émissions reliées aux sables bitumineux devraient avoir plus que doublées. Selon le niveau de 2005, elles auront triplé. Concentrons-nous sur ces émissions plutôt que de se féliciter des réductions d’émission dans l’industrie du charbon.

Stockage et captage du carbone

Dans sa proposition, le Canada s’est aussi déclaré être un expert dans le captage et stockage du carbone (CSC) – ce processus complexe de captage, compression, et stockage de CO2. Au cas où vous commenceriez à croire que le gouvernement tente vraiment d’être pro-environnement, sachez ceci : le CSC est essentiellement une forme poussée d’écoblanchiment («greenwashing») qui utilise la séquestration du CO2 pour pomper des barils de pétrole du sous-sol. Eh oui, avec le CSC, les combustibles fossiles peuvent être encore plus exploités!

Cette technologie non éprouvée fait face à des obstacles majeurs lorsqu’il vient temps de l’utiliser, ce qui est possiblement la raison pour laquelle elle n’a jamais réellement bien fonctionné jusqu’à maintenant. Pire, elle est considérée comme étant la forme la plus coûteuse de mesures de réduction des gaz à effet de serre – l’ajustement d’une seule centrale au charbon de la Saskatchewan avec le CCS coûterait 1.4 milliards. Même Brad Page, l’administrateur général de l’institut mondial du CSC – officiellement le plus grand admirateur du CSC – a exprimé des doutes à savoir si cette technologie était prête à être reproduite à une plus grande échelle. Jusqu’à maintenant, le Canada a investi 4.5 milliards de dollars dans le développement et la recherche sur le captage et stockage du carbone. Plutôt que d’investir des milliards de dollars dans une technologie aussi controversée que le CSC, nous suggérons d’investir dans des solutions énergétiques éprouvées telles que l’éolien, le solaire et le marémoteur, lesquelles sont pour l’instant sous-utilisées et sous-financées par notre pays.

Les polluants climatiques de courte vie (pardon?!)

Plus encore, la proposition canadienne n’aborde même pas le problème des émissions de CO2, affirmant plutôt «ce serait utile de focaliser […], sur les actions à prendre contre les polluants climatiques de courte vie (PCCV), un domaine […] qui offre un potentiel considérable pour apporter des changements favorables à notre ambition mondiale ».

S’occupant uniquement d’une petite partie des gaz à effets de serre aujourd’hui, les PCCV devraient compter pour seulement 19% de nos GES d’ici 2020. En tenant compte du fait que le charbon produit 11% des émissions au Canada, il est prudent de supposer que cette proposition n’arrivera pas à faire respecter le plan de réduction des émissions pour la majorité des émissions du Canada.

Un écran de fumée

Nous méritons mieux que cela. Nous méritons un gouvernement qui soit responsable et transparent à propos des gaz à effet de serre – un gouvernement qui ne se cache derrière de fausses solutions tout en promouvant des pratiques et des politiques ayant pour but d’esquiver sa responsabilité climatique. Nous méritons un Canada qui saura se lever et produire une proposition d’ici mars 2015 qui concordera avec les cibles dont nous avons besoin pour maintenir le réchauffement sous les 2 degrés Celsius d’augmentation acceptées lors de l’accord de Copenhague en 2009. Nous méritons mieux.